How the sorghum crisis is changing the daily life of the population in central Haiti

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Le Nouvelliste, Central Haiti

ENGLISH SUMMARY: Cochineal plague has been affecting small-millet (sorghum) plantations in the center of the country for three years. These yellow fleas spread throughout the country: A blow for the 33% of Haitian agricultural producers who devote themselves to this culture. Sorghum represents in Haiti a saving of 35 million US dollars annually. But now, throughout the country, especially in the center of the country, several hundred producers are obliged to abandon this crop. The increased decline in sorghum production results in an increase of US $ 20 million in rice imports. According to the Ministry of Agriculture, climate change and environmental degradation are pathways to consider in explaining the appearance of these aphids. The introduction of other varieties resistant to aphids is the preferred solution.

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Plateau central : la crise du sorgho change le quotidien de la population

La peste cochenille frappe les plantations de petit-mil (sorgho) au niveau du département du Centre depuis trois ans. Ces puces jaunes se rependent dans tout le pays: Un coup dur pour les 33% de producteurs agricoles haïtiens qui s’adonnent à cette culture. Selon le ministère de l’Agriculture, les changements climatiques et la dégradation de l’environnement sont des pistes à envisager pour expliquer l’apparition de ces pucerons. L’introduction d’autres variétés résistantes aux pucerons est la solution privilégiée.

Voir ses plantations de petit-mil ravagées d’un coup par une maladie alors inconnue n’est pas facile à vivre par un agriculteur. La stupéfaction et la désolation sont plus qu’éprouvante pour les planteurs qui fondent généralement tout leur espoir sur leur récolte. Michel Isidor, comme tout planteur de son rang, a du mal à encaisser de telles pertes. Ce sont ses économies qui sont parties en fumée du jour au lendemain. S’en sortir exige bien des efforts titanesques. « J’avais planté mes semences de petit mil sur plusieurs hectares, mais après tout ce dur labeur, en attendant la récolte, j’ai constaté que les grappes de petit-mil avaient changé de couleur. Je n’ai jamais vu cela auparavant », témoigne-t-il dans un soupir. Lui et « 310 000 autres exploitations agricoles » qui vivent de la culture du petit-mil sont confrontés à ce problème pas facile à surmonter.

Pendant ces deux dernières années, toute tentative de planter du sorgho s’est révélée vaine. Les feuilles de millet sont desséchées et leurs grappes sont envahies par des insectes qui sucent la sève des plantes, exsudent un miellat qui recouvrent la surface des feuilles. Ce miellat empêche par la suite le phénomène de la photosynthèse. Toute la plantation se dessèche et meurt laissant les cultivateurs aux abois. Certains se sont réfugiés en République dominicaine à la recherche d’une vie meilleure. Samuel Simon, agriculteur, laisse régulièrement sa famille à Cerca-Carvajal pour compiler des journées de travail de l’autre côté de la frontière quand il n’a plus de bois pour faire du charbon. À part ces petits tours en terre voisine, aujourd’hui le charbon est son seul recours. « Depuis que nos plantations ont disparu, nous n’avons pas d’autre choix », peine-t-il à expliquer.

Selon le directeur général du ministère de l’Agriculture, Arnoux Séverin, le petit-mil est la troisième céréale en termes d’importance, après le riz et le maïs. 33% des producteurs agricoles s’adonnent à cette culture. Son déclin représente une perte énorme pour le pays à un moment où une forte pression est exercée sur la production. Il s’agit d’une denrée à usage multiple. Elle est utilisée pour la nourriture des gens, dans la fabrication de clairin, des boissons gazeuses et le fourrage, pour la nourriture des animaux.

Les pertes en petit-mil sont énormes au niveau du département du Centre en particulier, où les pucerons jaunes ont commencé leur ravage. C’est la descente aux enfers pour les agriculteurs dans les treize communes du département du Centre. Généralement, la production annuelle de petit mil est de 141 000 tonnes. De l’avis de l’agronome William Michel, traitant cette question dans les colonnes du quotidien Le Nouvelliste, il s’agit d’une vraie « crise du sorgho » dans le pays.

La crise du sorgho envenime la crise alimentaire

Le sorgho représente, d’après Gaël Pressoir, le doyen de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement de l’Université Quisqueya, une économie de 35 millions de dollars américains annuellement. Mais, à présent, partout dans le pays, notamment dans le département du Centre, plusieurs centaines de producteurs sont bien obligés de jeter l’éponge. De son côté, l’agronome Arnoux Séverin avance des chiffres qui révèlent l’impact de la disparition du sorgho sur la vie des gens et sur le pays. « La baisse accrue observée dans la production du sorgho provoque une augmentation de 20 millions de dollars américains d’importation de riz », confie-t-il.

« J'ai perdu toutes mes plantations de petit-mil. Pour l'instant, je ne peux pas nourrir convenablement mes enfants, ni les envoyer à l’école », se lamente Christiane Jean, mère de cinq enfants, qui vit dans une zone reculée de Thomonde. Producteurs, marchands et consommateurs ont presque les mêmes complaintes. La crise du sorgho a changé le quotidien des gens. Ainsi, les témoignages se complètent.

Pour Chavannes Jean-Baptiste, responsable du Mouvement des paysans de Papaye (MPP), cette maladie - touchant les vastes plantations de petit-mil - a « envenimé la situation de l'insécurité alimentaire grandissante et aiguë dans le pays ». « Le millet joue un rôle primordial dans le secteur agricole, par rapport à sa résistance aux sécheresses et aux inondations, notamment dans les périodes de soudure», a expliqué Chavannes Jean-Baptiste.

Dégradation de l’environnement et changement climatique pointés du doigt

Le directeur général du MARNDR, quant à lui, n’a pas hésité à faire le lien entre ces pertes de récoltes spectaculaires et les changements climatiques. « Ce phénomène n’a pas été observé qu’en Haïti. En Éthiopie ou aux États-Unis, dans l’État du Texas, des champs de sorgho ont été aussi décimé par la maladie, soutient l’agronome Arnoux Séverin. Toutefois, on doit reconnaître aussi que nos problèmes environnementaux ont influé sur ces pertes de plantations. »

La solution envisagée

Le ministère n’a toujours pas envisagé de combattre les pucerons en injectant de l’insecticide dans les champs. Car « cela aurait des conséquences sur le climat et l’environnement », a affirmé l’agronome Arnoux Séverin. La solution privilégiée est celle consistant à introduire des variétés qui pourraient résister aux pucerons. Le ministère de l’Agriculture s’est engagé à produire 500 tonnes de semence de petit mil résistant aux pucerons agresseurs, d’ici à juin prochain afin de redonner vie à cette culture. Cette solution exige du temps, mais finira par porter ses fruits.

Selon le coordonnateur des fermes agricoles dans le département du Centre, l’agronome Guiteau Fontil, rien n’a été fait pour la dernière campagne de printemps. Leur seul espoir repose sur les 200 variétés qui sont en train d’être testées et multipliées dans une ferme d’expérimentation agricole au niveau de la plaine de l’Arcahaie.