Luc Atrokpo, maire de Bohicon : " Au niveau du fonds vert, les choses semblent compliquées, et nous l’avons dénoncé"

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Fil Infos, Cotonou

Q&A with the mayor of the Benin of Bohicon where he reflects on a number of green investments which are slated to happen in the coming months.

 

Présent à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques pour participer aux échanges, le Maire de la Commune de Bohicon, Président de l’Association des Communes du Zou et Président de l’Association Nationale des Communes du Bénin saisit la tribune de Fil infos pour faire le point de la participation des Communes du Bénin.

Fil Infos : Monsieur Luc Atrokpo, au regard de vos attentes quant à la participation des Communes du Bénin à la COP 22, une COP dite de l’action, avez-vous réussi à faire bonne moisson pour vos populations ?

Luc Atrokpo : Nous avons assisté à la COP 22 avec un agenda assez chargé. Nous étions à la réunion extraordinaire du CDRUA qui est l’organe au niveau mondial qui gère les élus locaux le week-end dernier. Lundi nous avons eu la réunion des élus locaux pour discuter de la place des élus locaux dans la lutte contre les changements climatiques. Des résolutions assez fortes y ont été prises pour l’engagement des élus à faire en sorte que les conclusions de la COP 21 de Paris soient déclinées en action puisque nous sommes à la COP de l’action. Les différents acteurs ont reconnu l’importance des élus dans le processus et souhaitent vivement qu’à l’étape de l’évaluation qu’on voit qu’ils ont joué leur partition.

Avec l’Union Européenne, nous avons signé une convention. C’est l’aboutissement d’un long processus. Une centaine de villes ont soumissionné à l’appel à projet mais finalement 7 ont été retenues dont l’Association des Communes du Zou que je préside. Nous allons donc bénéficier de 865.000 euros de la part de l’Union Européenne. Ce financement permettra de reboiser les 9 Communes du département du Zou, à offrir des foyers améliorés aux femmes, à adapter les plans de développement communaux aux enjeux de le lutte contre les changements  climatiques. 50 lampadaires solaires seront installés dans chaque Commune du Zou. Nous couvrirons ainsi les 9 Communes avec 450 lampadaires au total.

Suite à l’appel à proposition « Soutenir la participation des villes subsahariennes à la convention des maires », les villes de Nouakchott en Mauritanie, Bouaké en Côte d’Ivoire, Lubumbashi au Congo, Kampala en Ouganda, Tsévié au Togo, et les Communes du Zou au Bénin sont retenues par la commission de l’Union Européenne. Pour la réalisation du projet, quand le financement sera-t-il mis à disposition ?

Le projet démarre le 1er janvier 2017. Les comptes sont ouverts. Avant le 1er janvier 2017, les fonds doivent être mis à disposition pour le démarrage effectif. Le projet nécessite le recrutement de techniciens, d’experts en énergie renouvelables et de bien d’autres domaines. C’est une opportunité d’emplois qui va durer trois ans.

Ce projet est un acquis pour l’Association des Communes du Zou, avez-vous noué des partenariats pour l’Association Nationale des Communes du Bénin dont vous êtes aussi le Président ?

Au nom de l’Association Nationale des Communes du Bénin, nous avons pu finaliser un autre projet qui est tripartite entre l’ANCB, l’AIMF qui est l’Association Internationale des Maires Francophones et l’Union Européenne. C’est un projet d’un million cent mille euros. La participation de l’Union Européenne est de 88 %, celle de l’AIMF est de 11 % et l’ANCB contribue à hauteur de 1 %.  Ce projet qui débutera aussi au 1er janvier 2017 appuiera certaines Communes à sécuriser leurs recettes à travers des guichets uniques, et limiter les évasions fiscales dans nos Communes. Des formations seront données aux personnels des Associations Régionales Départementales. Ce projet va également aider les Communes pour les rééditions de comptes.

Dans l’intérêt de l’ANCB, nous avons également signé une convention avec l’Association des Communes du Maroc qui compte plus de 1500 Communes alors qu’au Bénin nous n’en avons que 77. La discussion a été entamée quelques mois plus tôt à Cotonou et l’heureuse occasion de la COP 22 a permis de signer la convention. Le Maroc qui est en avance en matière d’énergie renouvelable nous servira d’exemple pour que nous puissions au niveau de nos Communes faire des pas éclairés dans ce domaine.

Combien de Maires du Bénin sont-ils  de la délégation de l’ANCB pour la COP 22 ?

Nous sommes venus avec le Maire de Copargo, le Maire de Bantè, le Maire d’Aplahoué, le Maire de Kétou, le 1er Adjoint au Maire de Zogbodomey. C’est le lieu de remercier  le PNUD, l’Ambassade de France, et l’Union Européenne qui nous ont accompagnés pour la participation de l’ANCB à la COP 22.

Les problèmes d’inondation dans votre Commune sont cruciaux. Vos populations se retrouvent face à ce risque environnemental même quand il ne pleut pas dans la Commune car Bohicon est bien souvent exposée du fait de sa position géographique. Vos négociations ont-elles pris en compte cette préoccupation de vos administrés ?

Actuellement nous avons en cours un projet dénommé « projet du bassin versant du zou » qui nous a coûté environ 550.000 euros mais entièrement financé par les partenaires de la CAS et d’autres partenaires. L’ensemble des ressources est déjà mobilisé depuis plusieurs mois, la première évaluation a été faite il y a quelques semaines. En plus de ce que fait le gouvernement à travers le Ministère du cadre de vie, nous arriverons à bout de ces problèmes d’inondation.

La question du financement du climat a été au cœur de plusieurs échanges à la COP 22, avez-vous des facilités en tant qu’élus locaux au sein de l’ANCB pour le financement de vos projets par le fonds vert ?

Au niveau du fonds vert, les choses semblent compliquées, et nous l’avons dénoncé ! Il faut que le fonds vert soit ouvert aux communautés. Les difficultés d’accès à ce fonds sont un frein. Les élus locaux sont les premiers interpellés face aux problèmes environnementaux que vivent les populations. Si nous voulons des résultats probants le fonds vert doit être accessible aux communautés qui présentent des projets soutenables. Tant que ce n’est pas fait et que c’est logé uniquement au niveau étatique : le problème demeure. La centralisation à outrance en ce qui concerne le fonds vert est un handicap.